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SOCIETE/Une Charte adoptée sur l’usage de l’Intelligence Artificielle (IA)

Le Réseau des Professionnels de la Presse en Ligne de Côte d'Ivoire a organisé un atelier de formation destiné aux acteurs du secteur

Le Réseau des Professionnels de la Presse en Ligne de Côte d'Ivoire (REPPRELCI), avec le soutien financier du Forum Information et Démocratie (FID), a organisé du 21 au 23 mars 2025 un atelier de formation destiné aux acteurs du secteur sur l'usage de l'Intelligence Artificielle (IA), à Dabou (49 km à l’ouest d’Abidjan). À l'issue de cet atelier, une Charte a été adoptée par une trentaine de patrons de presse numérique.

Cet atelier, articulé autour du thème central "Soutenabilité des médias numériques à l'ère de l'intelligence artificielle", a réuni des experts, des professionnels des médias, des chercheurs et des décideurs. Ces derniers ont reconnu que l'essor de l'Intelligence Artificielle représente une opportunité majeure pour le journalisme en Côte d’Ivoire, en permettant d’améliorer la production, la vérification et la diffusion de l’information. C'est dans cette perspective qu'ils ont adopté une Charte.

Composée de 10 articles, cette Charte vise à garantir le respect des principes éthiques et déontologiques fondamentaux du métier de journaliste. Elle a pour objectif d’encadrer l’usage de l’IA afin d’assurer une information fiable, éthique et conforme aux valeurs du journalisme.

Ainsi, en ce qui concerne la véracité et l'exactitude, le texte engage le journaliste à "ne pas publier d’informations générées ou modifiées par une IA sans une vérification rigoureuse". La Charte met en garde, entre autres, contre l'utilisation de fausses informations.

Selon la Charte adoptée à l'unanimité, tout contenu produit ou assisté par l'IA doit être clairement identifié afin de garantir la transparence et la traçabilité de l'information mise à la disposition du public.

De plus, le journaliste est tenu d'informer son audience du pourcentage d’IA utilisé dans la production ou l’analyse des contenus, recommande le texte.

Concernant la responsabilité humaine, l'IA ne saurait se substituer à la responsabilité éditoriale du journaliste. "Ce dernier demeure pleinement responsable des contenus publiés, qu’ils soient générés manuellement ou assistés par une IA", lit-on dans la Charte.

En ce qui concerne la protection des sources et des données, l'utilisation de l’IA ne doit pas compromettre la confidentialité des sources journalistiques. À cet effet, "le journaliste s’engage à protéger les données personnelles et sensibles en conformité avec les réglementations en vigueur", précise la Charte.

Par ailleurs, il doit être conscient des biais potentiels inhérents aux outils d’IA et veiller à ce qu’ils ne conduisent pas à la discrimination, à la manipulation ou à la propagation de stéréotypes.

La Charte insiste également sur les deepfakes et autres contenus générés par l’IA, qui "ne doivent être utilisés qu’à des fins journalistiques clairement identifiées (enquêtes, analyses, reportages) et non pour tromper le public". Le texte interdit ainsi "toute modification d’image ou de son à des fins de manipulation".

La Charte encourage par ailleurs les journalistes à se former en continu aux enjeux, opportunités et risques liés à l’IA. Elle exhorte également les rédactions et les organisations professionnelles à promouvoir la formation aux outils d’IA et à leur bon usage.

Pour garantir le respect du pluralisme et de la diversité, la Charte stipule que l’IA ne doit pas être utilisée "pour renforcer la polarisation de l’information", mais plutôt pour "contribuer à la diversité des sources et des points de vue".

Les médias utilisant l’IA doivent, selon la Charte, "mettre en place des mécanismes internes de régulation et d’évaluation des outils d’IA". La mise en place d'un comité éthique est recommandée afin de veiller à la conformité des pratiques avec cette Charte. Tout manquement aux principes établis pourra faire l’objet de sanctions éthiques et professionnelles, conformément aux règlements en vigueur dans la profession journalistique en Côte d’Ivoire.

Cet atelier a été rythmé par plusieurs modules, notamment : Une session inaugurale axée sur la présentation du contexte ivoirien et des impacts de l’IA sur les modèles économiques des médias en Côte d’Ivoire, animée par Suy Kaofi, journaliste à l’AFP. Une analyse des biais algorithmiques dans le contexte ivoirien et une réflexion sur la co-création de modèles économiques soutenables pour les médias locaux, détaillée par l’expert en IA Steve Akomian. Une session sur l’Intelligence Artificielle, les pratiques journalistiques et les dispositifs juridiques en Côte d’Ivoire, éclairée par Dr Wally Karim, enseignant-chercheur.

Pour rappel, le Réseau des Professionnels de la Presse en Ligne de Côte d’Ivoire (REPPRELCI), créé en 2006, est une organisation à but non lucratif, légalement constituée, regroupant les principaux acteurs de la presse en ligne en Côte d'Ivoire.

Cette faitière des médias numériques ivoiriens s’est donné pour mission d’organiser, structurer et promouvoir la liberté de la presse et le développement de l’écosystème numérique en Côte d’Ivoire.

Le REPPRELCI œuvre pour la promotion d’un journalisme en ligne de qualité et est engagé dans la lutte contre la désinformation à travers son initiative IvoireCheck, une plate-forme de fact-checking membre de l’Alliance Africaine de Fact-Checking (AFCA), un organe de Code for Africa.

Le Réseau vise également à renforcer la voix des médias numériques dans le pays et à contribuer positivement au débat public.

                                                                                                 Sidibé Adama

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