- Ecrit par : Clara BOSOM
- 28/04/2025 09:27
POLITIQUE/Tidjane Thiam piégé par son propre camp
Comment le PDCI a tendu un piège à Tidjane Thiam… Dans leur course aveugle au pouvoir, les faucons du PDCI ont piégé Tidjane Thiam, instrumentalisé son nom et précipité sa chute. Le parti risque de payer cher cette aventure sans lendemain.
Depuis sa fondation, le PDCI-RDA a toujours été traversé par deux courants rivaux : les Camoraciens, issus de la grande tradition politique et administrative ivoirienne, et les Méécistes, formés dans les luttes syndicales du MEECI (Mouvement des Élèves et Étudiants de Côte d’Ivoire).
Une rivalité historique que le président Félix Houphouët-Boigny avait savamment entretenue, appliquant le vieux principe politique : “Diviser pour mieux régner.”
Sous Houphouët-Boigny, un équilibre tacite était instauré : le secrétariat exécutif du parti revenait traditionnellement aux Méécistes, tandis que les postes de vice-président et d’autres fonctions stratégiques étaient octroyés aux Camoraciens. Cette gestion subtile des ambitions contraires a permis au vieux parti de demeurer uni, de l’époque des luttes pour l’indépendance jusqu’à l’avènement du multipartisme.
À la mort d’Houphouët, puis plus tard avec celle de son successeur Henri Konan Bédié, cet équilibre fragile a volé en éclats. Les Camoraciens, frustrés par des années de mise en retrait, ont estimé que leur “heure de gloire” était enfin arrivée. Il leur fallait reprendre le contrôle du parti – et au-delà, du destin politique du pays.
C’est dans ce contexte que certains poids lourds Camoraciens, profitant de la longue absence de Tidjane Thiam de la scène ivoirienne, l’ont convaincu à Paris de revenir prendre la tête du PDCI, puis de briguer la magistrature suprême en 2025.
Le choix n’était pas anodin : petit-fils d’Houphouët-Boigny par sa mère, Tidjane Thiam incarnait, dans l’imaginaire collectif, l’héritage du “Vieux”, capable de réveiller la fibre identitaire baoulé, meurtrie par la perte récente du patriarche Bédié.
Peu importait alors que Thiam ne remplisse aucune des conditions statutaires pour présider le PDCI :
- il n’avait pas milité depuis dix ans comme membre du Bureau politique ;
- il n’était pas à jour de ses cotisations ;
- et surtout, il n’avait pas encore renoncé officiellement à sa nationalité française.
Ces obstacles majeurs furent balayés au nom d’une ambition revancharde : utiliser Thiam pour reconquérir le parti, affaiblir les Méécistes, et préparer la succession d’Alassane Ouattara en 2025, sous la bannière d’un “pouvoir légitime” récupéré par “les vrais Ivoiriens”, selon une rhétorique identitaire dangereusement réactivée.
Dans cette croisade, les Camoraciens n’ont pas hésité à humilier l’ancien secrétaire exécutif, Maurice Kakou Guikahué – Mééciste historique – remplacé brutalement par Dr Sylvestre Emmou, maire de Port-Bouët et fidèle Camoracien.
Mais en réalité, Tidjane Thiam n’était pas prêt.
Son retour précipité sur la scène politique ivoirienne s’est fait sans projet clair, sans ancrage militant réel, et sans anticipation des contraintes juridiques incontournables. S’il avait eu une ambition présidentielle sérieuse, il aurait dû renoncer à la nationalité française depuis 2020, ce qui lui aurait permis de s’inscrire légalement sur la liste électorale de 2024 en tant que citoyen exclusivement ivoirien.
Au lieu de cela, tout a reposé sur une campagne interne montée sur des bases fragiles, avec des sondages virtuels pour masquer l’absence de dynamique populaire réelle.
Aujourd’hui, le couperet judiciaire est tombé : Tidjane Thiam est juridiquement inéligible pour briguer la présidence de la République en Côte d’Ivoire en 2025.
Ainsi, à force de manipulations internes, le PDCI risque une fois de plus de se retrouver sans candidat pour l’échéance électorale majeure, comme en 2010 et en 2015.
Une tragédie politique qui pourrait précipiter l’affaiblissement irréversible du parti fondé par Houphouët-Boigny.
Game over pour 2025. Peut-être en 2030… si, d’ici là, les leçons sont tirées.
Kamel Wally