- Ecrit par : Clara BOSOM
- 28/03/2025 15:10
SOCIETE/Projet ‘’Pôle urbain d’Ebimpé ‘’/ Des acquéreurs expriment leurs inquiétudes
Le chef de village rassure
Le samedi 22 mars, plusieurs dizaines d’acquéreurs de lots du village d’Ebimpé se sont rencontrés pour échanger sur le projet de modernisation des infrastructures d’Ebimpé Pôle urbain, mis en place par les cadres dudit village. Ce projet, nécessitant la cession de parcelles pour sa concrétisation, est à l’origine d’un bras de fer entre les différentes parties.
« Nous appelons les autorités compétentes à nous aider à trouver une porte de sortie à l’amiable. On n'est pas là pour faire une démonstration de force. Nous sommes des personnes humbles qui ont acquis leurs parcelles de manière débrouillarde, mais aujourd'hui, force est de constater que des gens nous empêchent d'avoir accès à nos terrains. Franchement, c'est difficile que les autorités ne se penchent pas sur notre question », a indiqué Bakayoko Oumar, président du collectif des acquéreurs d’Ebimpé, exerçant sur la plateforme de 804 hectares au centre des débats.
« On lance un appel au président de la République et au ministre de la Construction pour qu’ils nous assistent. Car le chef cherche par tous les moyens à nous chasser, à nous arracher nos lots. Des gens nous empêchent de construire nos maisons. Nous lançons un appel aux autorités pour qu’elles nous aident à trouver une porte de sortie à l’amiable », a poursuivi M. Bakayoko, au milieu de quelques centaines d’acquéreurs présents.
Au village d’Ebimpé, ces grincements de dents ne laissent pas indifférent. Le chef de village s’est engagé à faire d’Ebimpé l'exception de l'urbanisation non contrôlée.
« C’est notre village, c'est à nous d'apporter de la valeur ajoutée, d’y construire des infrastructures pour bonifier le village et le mettre au niveau auquel l'État veut l’accompagner. Nous avons donc décidé de construire ce que nous appelons le Pôle urbain d’Ebimpé », explique le chef Mondon.
À ceux qui crient à l'expropriation, il répond :
« Non, ce n’est pas vrai. On n’est pas là pour commettre des injustices. Nous savons fort bien qu’il y a des propriétaires terriens qui ont cédé leurs parcelles à d'autres personnes. Il y a donc ces personnes qui ont acquis des terrains et qui se sont installées au village. Nous avons ouvert une liste à la permanence pour recenser toutes ces personnes. »
Avant d’apporter des précisions et de proposer deux solutions pour une sortie de crise.
Un terrain de compensation de près de 150 à 200 hectares
« Première proposition : nous proposons de vous racheter votre terrain à 7 000 francs le mètre carré.
Deuxième proposition : si ce qui vous intéresse, c'est la terre, parce que vous voulez construire, nous avons développé, à proximité du lycée professionnel, un espace d’environ 150 à 200 hectares. Ceux qui ont déjà construit et qui ont acquis des terrains avec les propriétaires terriens dans des conditions normales, nous reconstruirons donc leur maison à l'identique.
Quant aux autres, qui ont été trompés par des personnes ayant délivré des documents frauduleux dans un village qui n’est pas celui d’Ebimpé, nous allons chercher une solution. Que tout le monde vienne et que nous discutions pour trouver une issue. Rien n'est impossible », persiste et signe le chef.
Le mercredi 5 mars 2025, une dizaine de collectifs d’acquéreurs du village d’Ebimpé ont été convoqués par le sous-préfet d’Anyama, Sylla Ladji Mory, afin d’être entendus sur le projet de modernisation des infrastructures du Pôle urbain d’Ebimpé.
Selon eux, ils sont environ 4 000 acquéreurs, de diverses origines et corps de métiers, hauts cadres de l’administration privée et publique, à avoir acquis des terrains depuis plus de dix ans, soit auprès des propriétaires terriens, soit via des aménageurs fonciers. Certains disposent de lettres d’attribution comme titre de propriété, d’autres d’attestations villageoises.
En 2020, un changement est intervenu à la tête de la chefferie avec l’arrivée du chef Mondon Pacôme. Ce dernier, avec sa vision des choses, a mis en place le projet futuriste du Pôle urbain d’Ebimpé. Mais la problématique demeure : peut-on réaliser ce vaste projet dans un ensemble de bidonvilles et de maisons construites sans plan d’urbanisme ?
« Projet novateur et d’envergure, le Pôle urbain d’Ebimpé constitue bien plus qu’un simple projet d’urbanisme. Il représente un véritable enjeu de revitalisation urbaine du Grand Abidjan. Localisé à 20 km du cœur historique de la métropole, il s’étendra sur environ 800 hectares. Associant modernité, mixité et valeurs environnementales, le Pôle urbain d’Ebimpé devra s’ériger en une véritable cité du bien-être, du savoir et de l’innovation. Situé à la croisée des chemins entre l’autoroute ceinturant le Grand Abidjan, l’autoroute du Nord et la sortie Est d’Abidjan, il assurera la jonction entre Abidjan, l’intérieur du pays et la sous-région », détaille le promoteur, Mondon Pacôme.
La vérité sur le Pôle urbain d’Ebimpé
Et d’ajouter : « Le Pôle urbain d’Ebimpé se construit avec et pour les populations du village d’Ebimpé. Il s’agit d’un projet totalement inclusif. Les détenteurs de Droits Coutumiers (DDC) qui cèdent leurs terres pour le projet appartiennent tous à des familles vivant dans le village depuis des temps anciens. Face à l’urbanisation galopante du district d’Abidjan, confirmée par le Schéma Directeur d’Urbanisme du Grand Abidjan (SDUGA 2040), les populations du village, sur les conseils et sous la conduite de leur chef, anticipent l’avenir. Dans une génération, Ebimpé sera au centre d’Abidjan lorsque la grande mégapole comptera 10 millions d’habitants et s’étendra jusqu’aux portes d’Agboville. Ebimpé veut ainsi rester maître de son destin et participer à la construction de son avenir et de son histoire. »
Selon lui, la participation des détenteurs de droits coutumiers se décline en la cession de leurs parcelles de terres rurales à un prix rémunérateur pour constituer la plateforme du projet, en un paiement partiel en nature (40 %) pour la construction de logements à leur profit à l’intérieur du Pôle urbain, et en une participation au capital de la société de développement du projet. La Fondation pour le Développement Économique, Social, Environnemental et Culturel d’Ebimpé (FODESEC-Ebimpé) est l’actionnaire principal de cette société de développement.
L’entité juridique représentant le village est la FODESEC-Ebimpé, présidée par le chef du village, Mondon Pacôme.
« En attendant la constitution de la société de développement, c’est la fondation qui assure l’exécution du projet “Pôle Urbain Ebimpé”. Elle négocie l’acquisition des parcelles avec les DDC, conclut des accords avec les différents prestataires de services, saisit officiellement le ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, et informe les autorités politiques et administratives d’Anyama (maire et sous-préfet) ainsi que d’Abidjan (préfet et ministre-gouverneur du district) », explique le chef Mondon Pacôme.
Concernant l’acquisition des terres, « c’est la société de développement et d’exploitation qui achètera les terrains auprès des détenteurs de Droits Coutumiers et obtiendra l’ACD en son nom. Le paiement du prix convenu se fera sous deux formes : 60 % en espèces et 40 % en nature sous forme de logements construits pour les DDC », explique notre interlocuteur.
« Le chef du village d’Ebimpé nous a présenté le projet Pôle Urbain dans tous ses aspects. Il est intéressant, révolutionnaire et ambitieux. Il a pris attache avec les structures étatiques comme le Bnetd pour mieux encadrer les choses. Mais la question qui m’est venue à l’esprit est la suivante : sur quelle assiette foncière ? 800 ha, c’est énorme. En écoutant les acquéreurs que vous êtes, on constate qu’il y a un problème de communication entre vous et les acteurs du projet Pôle Urbain d’Ebimpé », a indiqué le sous-préfet d’Anyama, Sylla Ladji Mory, après avoir entendu les acquéreurs. Le constat qui se dégage c’est qu’il ya nécessité de créer un cadre de dialogue, de communication et de concertation entre les différentes parties afin de trouver une solution au différend.
A. TRAORE