- Ecrit par : Clara BOSOM
- 16/04/2025 10:08
POLITIQUE/Procès de l’orpaillage illégal à Fronan : Comment Zié Coulibaly Daouda, ex-député de Yopougon, a été piégé par ses partenaires chinois
Le procès de l’orpaillage illégal dans la région de Fronan a connu une nouvelle audience ce mardi 15 avril 2025, au Pôle pénal économique et financier d’Abidjan. Au cœur de cette affaire tentaculaire : l’ex-député de Yopougon, Zié Coulibaly Daouda, aujourd’hui poursuivi pour plusieurs chefs d'accusation, notamment trafic illicite d’or, escroquerie, et complicité de blanchiment de capitaux. Ce qui apparaissait au départ comme une simple affaire de mésentente commerciale s’est rapidement révélé être un vaste réseau de fraude et d'exploitation minière illégale, aux ramifications internationales.
Zié Coulibaly, détenteur de six permis d’exploitation minière artisanale dans la région de Fronan, avait cédé deux de ses permis validés à un opérateur chinois, présenté comme spécialiste du secteur. Ce dernier, à son tour, s’est associé avec un individu se faisant passer pour un Ivoirien originaire de Sikensi, mais qui se révélera être le fils d’un ancien ambassadeur du Bénin en Chine. Ce dernier s’est introduit dans le cercle de confiance de l’ancien député en se faisant passer pour son « beau-frère ». À la barre, Zié Coulibaly n’a pu dissimuler son désarroi : « J’ai cru que c’était mon beau-frère ».
C’est cette erreur de jugement qui marquera le début de sa descente aux enfers. Profitant de l’état de santé fragile de l’ancien parlementaire, son faux beau-frère a modifié les statuts de la société créée pour l’exploitation des mines, transformant les permis artisanaux en permis semi-professionnels sans l’accord de Zié Coulibaly. Cette transformation illégale a ouvert la voie à une exploitation intensive et non déclarée de plusieurs sites aurifères dans la région.
Le partenaire chinois, encouragé par ce dernier à investir également dans l’immobilier, aurait remis près de 7 milliards de francs CFA à l’homme d’affaires béninois. Montant qui, selon l’enquête, s’est purement et simplement volatilisé. À l’audience, l’accusé a multiplié les contradictions, se présentant tantôt comme le gérant de la société de Zié Coulibaly, tantôt comme un simple intermédiaire. Un autre prévenu n’a pas mâché ses mots : « Il ment professionnellement. »
Mais ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. En parallèle des activités minières frauduleuses, l’ancien député est soupçonné d’avoir exporté illégalement plus de 20 kilogrammes d’or, en complicité avec des ressortissants étrangers. Pire encore, il aurait escroqué des opérateurs libanais à hauteur de 600 millions de francs CFA, en prétendant agir au nom du ministre de la Défense, ce qui a valu l’ouverture d’une enquête parallèle pour usurpation de fonction et atteinte à l’image de l’État.
L’enquête a également permis de mettre au jour des complicités au sein même des services de sécurité. Le commissaire Aziz, conseiller au renseignement du ministre de la Défense, et le lieutenant Némé Durant, chef du bureau du CROAT (renseignement anti-terroriste), ont été mis sous contrôle judiciaire pour leur implication présumée dans ce réseau. Ces révélations, d’une extrême gravité, montrent à quel point les réseaux d’orpaillage illégal peuvent infiltrer les hautes sphères de l’administration et des forces de l’ordre.
L’affaire a éclaté après l’arrestation spectaculaire de Zié Coulibaly Daouda à l’aéroport international d’Abidjan, alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays. Il a été placé sous mandat de dépôt. Sa comparution, très attendue, a été marquée par des échanges vifs entre les prévenus et les juges, chacun tentant de se dédouaner. La complexité du dossier et le nombre de parties impliquées ont conduit le tribunal à renvoyer l’affaire au 6 mai 2025 à 8h30.
Cette affaire met en lumière la détermination des autorités ivoiriennes à démanteler les réseaux de trafic d’or et d’escroquerie qui gangrènent l’économie nationale. Elle soulève également des interrogations sur la facilité avec laquelle des personnalités politiques peuvent s’impliquer, directement ou indirectement, dans des activités illégales, au détriment de l’intérêt général. Le procès se poursuit, sous haute surveillance.
A.TRAORE