- Ecrit par : Clara BOSOM
- 24/04/2025 08:48
POLITIQUE/Présidentielle 2025 /Gbagbo, Soro, Blé Goudé radiés de la liste électorale : Voici le profil du futur adversaire du RHDP
À 6 mois de l’élection présidentielle de 2025, la scène politique ivoirienne se transforme en un champ miné pour les figures historiques de l’opposition. Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé, tous trois radiés de la liste électorale, viennent de se voir définitivement écarter de la course présidentielle. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est désormais Tidjane Thiam, président fraîchement élu du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et l’un des espoirs de l’opposition, qui vient d’être frappé à son tour par une décision judiciaire l’excluant du corps électoral.
Selon Me Ange Rodrigue Dadjé, avocat de M. Thiam, « la présidente du tribunal a estimé que le président Thiam avait perdu la nationalité ivoirienne quand il a acquis la nationalité française en 1987, et donc elle a fait droit aux demandes des requérants et a ordonné la radiation du président Thiam de la liste électorale ». Cette décision, qualifiée de "politique" dans les rangs de l’opposition, a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion nationale.
Une présidentielle sans véritable opposition ?
La question est désormais sur toutes les lèvres : qui pour affronter le candidat du RHDP en 2025 ? Le tableau actuel de l’opposition ressemble à un champ de ruines. Gbagbo est empêché par sa condamnation dans l’affaire dite du « braquage » de la BCEAO, Soro par une série de condamnations judiciaires, et Blé Goudé par les effets du processus de radiation pour cause de non-inscription initiale. Thiam, qui incarnait le renouveau d’une opposition crédible, vient lui aussi d’être neutralisé.
« On va vers un remake de 2020 où Kouadio Konan Bertin (KKB) était l’unique adversaire d’Alassane Ouattara », commente un observateur. Une configuration qui laisse planer des doutes sérieux sur la crédibilité du prochain scrutin présidentiel, au regard de l’absence de poids lourds de l’opposition.
Les appels à des élections inclusives lancés par des chefs religieux, des ONG et des organisations de la société civile semblent ne pas trouver écho auprès des autorités. Dans un contexte où les tensions politiques ne cessent de croître, la situation actuelle inquiète plus d’un.
« La démocratie ne se résume pas à l’organisation d’un vote. Elle suppose l’ouverture, le respect des libertés fondamentales et l’inclusion de toutes les sensibilités politiques », martèle un universitaire spécialiste des transitions démocratiques en Afrique. La décision de justice frappant Thiam, bien que fondée sur une disposition juridique, est perçue par certains comme une manœuvre pour baliser le chemin du pouvoir en 2025.
À moins de dix-huit mois du scrutin, plusieurs voix s’élèvent pour exiger un véritable dialogue national. Celui-ci devrait réunir les forces politiques, les autorités coutumières, religieuses et la société civile afin d’apaiser le climat sociopolitique et jeter les bases d’élections transparentes, justes et équitables.
Car au-delà de l’échéance de 2025, c’est la stabilité même du pays qui est en jeu. La mémoire des violences électorales de 2010-2011, puis celles de 2020, est encore vive. Les Ivoiriens, dans leur grande majorité, aspirent à une élection sans effusion de sang. Une élection dont les résultats, même contestés, seraient acceptés parce que jugés crédibles.
Le RHDP face à un boulevard ?
Avec une opposition éparpillée et décapitée, le RHDP semble se diriger vers un scrutin où il pourrait n’avoir qu’un adversaire symbolique, voire aucun opposant majeur. Cette perspective inquiète certains démocrates, même au sein du parti au pouvoir, qui redoutent les conséquences d’une victoire jugée « trop facile ».
Si, comme en 2020, le candidat du RHDP devait concourir face à des candidats de second rang, le scrutin perdrait en légitimité. Les Ivoiriens pourraient bouder les urnes, renforçant le désintérêt et la méfiance envers les institutions.
Plus que jamais, la Côte d’Ivoire a besoin d’un électrochoc démocratique. Un moment de vérité où les dirigeants placeraient l’intérêt national au-dessus des calculs partisans. Cela passe par une réforme du système électoral, une clarification des règles d’éligibilité, et surtout, un assainissement du climat politique.
Sans cela, l’élection de 2025 risque d’être un pas en arrière pour la démocratie ivoirienne. Et le futur président, quel qu’il soit, gouvernera un pays fragmenté, méfiant et potentiellement instable.
L’histoire jugera.
A.TRAORE