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POLITIQUE/Polémique née de ses propos sur la libération de l’ex-président: Alpha Blondy répond à Gbagbo

"Balle à terre"

La star internationale du reggae, Alpha Blondy, n’est pas restée muette face à la polémique déclenchée par ses récents propos sur la libération de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Face à la tempête médiatique et aux critiques enflées sur les réseaux sociaux, l’artiste a choisi d’apaiser les esprits en lançant un appel à l’unité et à la réconciliation. « Ne faisons pas des paroles un prétexte à palabre », a-t-il martelé sur le plateau de l’émission L'Invité sur TV5Monde.

Tout est parti d’une déclaration faite la semaine dernière sur RFI, dans l’émission Couleurs Tropicales animée par Claudy Siar. Alpha Blondy y affirmait que le président Alassane Ouattara avait œuvré pour la libération de Laurent Gbagbo, alors détenu à la Cour pénale internationale (CPI). « J’ai demandé au président à travers ma radio : pardon grand frère, fais tout pour que Gbagbo sorte. Il a tout fait, Gbagbo est rentré », avait-il lancé, dans un ton empreint de reconnaissance.

Ces propos n’ont pas tardé à susciter de vives réactions, notamment dans le camp de l’ancien chef de l’État. Me Habiba Touré, avocate de Laurent Gbagbo et porte-parole du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), a catégoriquement rejeté cette version des faits : « Le président Ouattara n’a jamais œuvré au retour de Laurent Gbagbo. Bien au contraire, tout a été fait pour l’en empêcher », a-t-elle déclaré. Elle a salué le rôle déterminant joué par les avocats, les militants et les soutiens du PPA-CI dans le combat judiciaire et politique qui a permis le retour de l’ex-président en Côte d’Ivoire.

Dans la foulée, une pluie de critiques s’est abattue sur le reggaeman. Des internautes et certains observateurs l’ont accusé de tenter de réécrire l’histoire, de minimiser la réalité judiciaire du procès et de servir, consciemment ou non, un narratif favorable au régime actuel. Une vidéo de son passage est devenue virale, relançant les débats sur les tractations politiques ayant entouré la libération de Laurent Gbagbo, acquitté par la CPI après plusieurs années de procédure.

Alpha Blondy clarifie et appelle à l’apaisement

Conscient de l’ampleur prise par cette polémique, Alpha Blondy a pris la parole ce week-end sur TV5Monde pour livrer un message de réconciliation : « Je voudrais dire à mes frères du PPA-CI, aux partisans de M. Gbagbo, qu’il ne faut pas qu’on se fâche. Que ce soit la CPI qui l’a libéré ou que ce soit le président Ouattara qui est intervenu, l’essentiel c’est que M. Gbagbo soit dehors. Il est un fils du pays. On était tous tristes, et pour la réconciliation, il fallait qu’il soit libre. »

L’artiste a tenu à féliciter tous ceux qui ont contribué à cette libération, notamment les avocats de l’ex-président, saluant leur travail « remarquable ». Mais il a aussi souligné que des initiatives parallèles ont été menées dans l’ombre pour éviter que la crise politique ivoirienne ne s’enlise : « Nous aussi, les éléments parallèles, on a essayé de contribuer pour que ce problème soit résolu dans l’honneur et l’amour des Ivoiriens. »

« Ce n’est pas le moment de se fâcher »

« Balle à terre », a-t-il répété à plusieurs reprises. Un appel à l’apaisement, à la retenue et à la responsabilité, dans un contexte où les tensions politiques peuvent à nouveau s’exacerber à l’approche des élections de 2025. Alpha Blondy a exhorté les Ivoiriens à tourner la page des rancunes et à se projeter vers l’avenir : « Ce n’est pas le moment de nous fâcher. Gbagbo est dehors, Blé Goudé est dehors, Dieu merci. C’est la Côte d’Ivoire qui gagne. »

« Je nous demande à nous tous balle à terre. Allons de l’avant, dans la paix. Que ces élections se passent bien. Nous sommes des champions, comportons-nous en champions », a-t-il conclu, dans une posture de sage préoccupé par l’unité nationale.

Cette sortie d’Alpha Blondy, bien que perçue par certains comme maladroite, semble guidée par un souci sincère de réconciliation nationale. Figure emblématique de la musique ivoirienne et panafricaine, l’artiste a souvent joué un rôle de médiateur informel dans les périodes troubles de l’histoire du pays.

Mais sa notoriété ne le met pas à l’abri des polémiques. À plusieurs reprises par le passé, ses prises de position politiques ont divisé l’opinion publique. Cette fois encore, les avis divergent : certains louent son courage d’appeler à dépasser les querelles, d’autres lui reprochent un manque de rigueur dans l’interprétation des faits.

La séquence intervient dans un climat politique déjà tendu, alors que les grands partis affûtent leurs armes pour les prochaines échéances électorales. Le nom de Laurent Gbagbo circule de plus en plus dans les cercles politiques, ses partisans espérant une candidature ou, à tout le moins, une influence déterminante dans le jeu à venir. Dans ce contexte, chaque parole publique touchant à sa personne ou à son passé judiciaire peut devenir hautement inflammable.

Alpha Blondy, en homme de scène habitué aux feux des projecteurs, semble bien en avoir conscience. « Balle à terre » n’est pas qu’un slogan : c’est une invitation urgente à la modération et à la sagesse, dans une Côte d’Ivoire encore marquée par les blessures du passé.

A.TRAORE

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