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POLITIQUE/GÉOPOLITIQUE / AFRIQUE DE L’OUEST/ Côte d’Ivoire 2025 : entre stabilité interne et turbulence régionale

Une Côte d’Ivoire à contre-courant de ses voisins

Alors que la sous-région ouest-africaine est secouée par une succession de coups d’État, de ruptures diplomatiques, et d’un repli sécuritaire inédit, la Côte d’Ivoire apparaît, à l’orée de son élection présidentielle de 2025, comme un îlot de stabilité démocratique relative.
Depuis le départ de Blaise Compaoré au Burkina Faso, la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, la prise du pouvoir par le CNSP au Niger, et les tensions en Guinée, l’espace CEDEAO est devenu instable, contesté, voire fragmenté.
Mais cette stabilité ivoirienne n’est pas sans tension ni sans fragilité. Elle est à consolider, pas à considérer comme acquise.
L’élection de 2025 : un test géopolitique autant que démocratique
La présidentielle ivoirienne de 2025 n’est pas un simple enjeu interne. Elle sera scrutée comme un baromètre de la solidité des démocraties civiles en Afrique de l’Ouest. Si la Côte d’Ivoire passe cette étape dans la paix, elle deviendra le pôle d’attraction démocratique de la région. Si elle échoue, c’est toute l’architecture régionale qui s’en trouvera affaiblie.
D’où l’importance d’un processus électoral transparent, apaisé, inclusif. Car les yeux sont rivés non seulement depuis Accra ou Niamey, mais aussi depuis Bruxelles, Washington, Paris, et désormais Pékin et Moscou.
Le retrait français du Sahel, une opportunité… ou une menace ?
Le retrait progressif de la France du Niger et du Mali a laissé un vide sécuritaire et stratégique dans la zone sahélienne. Ce vide est désormais comblé par une recomposition régionale aux accents autoritaires, portée par des juntes militaires, mais aussi par des influences extérieures montantes, notamment :

• La Russie, via Wagner ou ses réseaux diplomatiques ;
• La Turquie, via la coopération militaire et religieuse ;
• La Chine, en consolidant ses infrastructures stratégiques.
La Côte d’Ivoire, fidèle à une ligne de coopération équilibrée avec les puissances occidentales, doit
repenser son positionnement régional, afin de ne pas apparaître comme un simple “allié du statu quo”,
mais comme un acteur souverain, capable de proposer une troisième voie africaine, ni sous tutelle ni alignée.
L’économie comme rempart géopolitique
Dans un contexte de repli militaire et diplomatique, l’économie devient une arme de souveraineté. La Côte d’Ivoire le comprend : transformation agricole, industrialisation, montée de la classe moyenne, investissements dans les infrastructures.
Mais ce modèle ne pourra survivre à une crise politique interne. Il faut donc garantir :
• La paix politique en 2025, quel que soit le vainqueur ;
• La discipline dans les forces armées pour éviter toute tentative de déstabilisation ;
• La cohésion sociale, en luttant contre l’ethnicisation des discours et la stigmatisation.


La CEDEAO à la croisée des chemins
Avec les retraits du Mali, du Burkina et du Niger, la CEDEAO traverse une crise existentielle profonde.
Certains la perçoivent désormais comme un outil d’ingérence pro-occidental, d’autres comme une
organisation incapable de contenir l’instabilité régionale.
La Côte d’Ivoire, pilier de cette institution, peut jouer un rôle de médiateur et de réformateur. Elle peut proposer :
• Une nouvelle charte de gouvernance régionale ;
• Une relance des politiques de défense mutuelle ;
• Un mécanisme d’intégration plus souple, mais plus légitime, basé sur les aspirations populaires
Une présidentielle aux enjeux régionaux
La présidentielle ivoirienne de 2025 ne décidera pas que du futur président. Elle dira si l’Afrique de l’Ouest peut encore croire en ses institutions civiles.

Si le processus est transparent, apaisé et républicain, la Côte d’Ivoire redeviendra ce qu’elle a toujours aspiré à être : un leader régional, une puissance de paix, un carrefour de l’espérance africaine.
Mais si la violence, la contestation ou l’exclusion dominent, alors ce sera une porte ouverte à toutes les ingérences, à toutes les radicalités, et à tous les reculs.
C’est à nous, Africains, de choisir la suite.

                                                       
Par Kamel Wally

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