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POLITIQUE/En exil depuis 6 ans: Guillaume Soro se rapproche d’Abidjan !

Six ans après les événements malheureux survenus à l’aéroport d’Accra, Guillaume Soro, l’ancien chef du Parlement ivoirien, a effectué son retour au Ghana, le mardi 8 avril 2025. Un retour marqué par l’accueil chaleureux qui lui a été réservé par les nouvelles autorités à sa descente d’avion.

À son arrivée, l’ancien chef du Parlement ivoirien a été reçu avec « tous les honneurs » au salon présidentiel de l’aéroport d’Accra, habituellement réservé aux plus hauts dignitaires.

L’image est saisissante. Devant le monument imposant du père de l’indépendance ghanéenne, Kwame Nkrumah, à Accra, Guillaume Soro fixe l’horizon, le doigt pointé en avant. Une posture hautement symbolique pour un homme politique en exil depuis près de cinq ans, mais qui, visiblement, n’a jamais cessé de rêver d’un retour en Côte d’Ivoire. Le message est clair : Soro n’a pas renoncé. Mieux, il se rapproche, physiquement et politiquement.

L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne a publié cette image accompagnée d’un texte chargé de sens, marqué par le panafricanisme et une volonté de renaissance politique : « Comme lui, le doigt pointé vers l’horizon, j’affirme avec force : marchons ensemble vers la victoire. Nous avons une mission, un devoir sacré envers nos peuples : construire une Afrique digne, souveraine et unie. »

Ce message, posté sur ses réseaux sociaux, résonne comme une déclaration d’intention. En choisissant de se montrer au Ghana, à seulement 500 kilomètres d’Abidjan, Guillaume Soro adresse un signal fort à ses partisans comme à ses adversaires. Il n’est plus à Dubaï, ni en Europe. Il est aux portes de la Côte d’Ivoire, sur une terre d’accueil africaine qui, il y a encore quelques années, lui était interdite.

En effet, dans son texte, l’ancien Premier ministre revient sur cette exclusion : « Sur mon retour et mon pèlerinage sur cette terre bénie du panafricanisme, dont l’accès m’avait été injustement interdit, il y a de cela six ans, par le malavisé et ancien président Nana Akufo-Addo. Mais Dieu, étant grand, me voici de retour, au meilleur moment. »

La charge contre l’ex-président ghanéen Akufo-Addo est sans détour. À travers ces mots, Soro affirme qu’il a été victime d’une injustice, et que cette injustice est désormais réparée. Il se présente non seulement comme un homme politique ivoirien en exil, mais aussi comme un panafricaniste empêché dans sa mission, désormais réhabilité.

Son retour au Ghana n’est pas anodin. Il s’agit d’un pays historiquement lié aux luttes pour l’indépendance et l’unité africaine, incarnées par Kwame Nkrumah. En se positionnant devant ce symbole, Guillaume Soro tente manifestement de se replacer dans une dimension continentale, loin des querelles politiciennes ivoiriennes. Il veut apparaître comme un visionnaire, un homme de mission, prêt à défendre les intérêts de l’Afrique, et plus particulièrement de la Côte d’Ivoire.

Mais au-delà de la symbolique panafricaine, le message de Guillaume Soro s’adresse surtout à la scène politique ivoirienne. Il laisse entendre que son retour n’est plus une question de "si", mais de "quand". Il suggère qu’un compte à rebours est enclenché. Et dans un contexte politique où les positionnements pour l’élection présidentielle de 2025 s’affinent, sa présence à 500 kilomètres d’Abidjan ne peut être interprétée comme un hasard.

Pour ses partisans, ce déplacement est une bouffée d’espoir. Pour ses détracteurs, c’est peut-être le début d’une nouvelle donne à surveiller de près. Condamné par la justice ivoirienne, Guillaume Soro reste officiellement un fugitif. Mais dans le cœur de ses sympathisants, il demeure un leader incompris, un combattant, un patriote.

Avec ce retour sur le sol ghanéen, il renoue avec le continent africain et se repositionne dans le débat politique national. En choisissant la symbolique du monument de Kwame Nkrumah pour exprimer ses ambitions, il inscrit son action dans une perspective historique et militante.

Le message est clair : Guillaume Soro n’a pas dit son dernier mot. Le compte à rebours est lancé.

Accueil chaleureux

C’est Larry Gbevlo-Lartey, représentant spécial du président ghanéen auprès des États de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui a été dépêché à l’aéroport pour recevoir Guillaume Soro. Après une chaleureuse poignée de main fraternelle et la présentation des civilités d’usage, l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne a eu droit à un cortège officiel. Deux motards de l’escorte présidentielle l’ont conduit jusqu’à la résidence des hôtes de la République du Ghana, signe du rang et du respect accordé à sa visite.

L’accueil chaleureux accordé à Guillaume Soro intervient près de six ans après les événements malheureux survenus à l’aéroport d’Accra, le 23 décembre 2019. Ce jour-là, l’avion transportant Guillaume Soro, en provenance de Paris, s’était vu refuser l’accès au territoire ghanéen. Son avion, détourné à l’aéroport d’Accra après un atterrissage manqué à l’aéroport d’Abidjan, avait été interdit d'atterrir au Ghana, sur instruction du président Nanan Akufo-Addo, proche du président ivoirien, Alassane Ouattara.

Six ans après, la qualité de l’accueil réservé à Guillaume Soro symbolise donc un tournant diplomatique majeur, contrastant fortement avec les circonstances de son dernier passage. Elle témoigne, selon certains observateurs, de la volonté du Ghana, sous l'ère du président fraîchement élu, John Dramani Mahama, de renforcer ses liens avec des acteurs politiques de premier plan en Afrique de l’Ouest, à un moment où les dynamiques géopolitiques évoluent rapidement dans la sous-région.

Ambition présidentielle

En rupture de ban avec son mentor Alassane Ouattara, Guillaume Soro, visé par un mandat d’arrêt international, vit en exil depuis décembre 2019. Il est accusé par le pouvoir de "tentative de déstabilisation" et condamné à la perpétuité. Vivant à cheval entre les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment le Niger, le Burkina Faso et le Mali, il ne cache pas sa volonté de regagner son pays afin d’y jouer pleinement sa partition dans le jeu politique.

L’enfant terrible de la politique ivoirienne a déclaré sa candidature pour la présidentielle d’octobre 2025 et entend se donner les moyens d’y participer, estimant que son exil, qui dure depuis bientôt six ans, l’a plutôt « renforcé, forgé, fortifié ». « Je suis plus que jamais déterminé à servir mon pays et à me présenter à l’élection présidentielle », assurait-il alors qu’il recevait les vœux des militants et cadres de son parti en janvier dernier.

À quelque six mois de cette élection présidentielle, Guillaume Soro, activement recherché par la justice ivoirienne, demeure inéligible en raison de sa condamnation assortie d’une peine de privation de ses droits civiques. La décision de la Cour africaine de justice exigeant sa réintégration a été balayée d’un revers de la main par le pouvoir d’Abidjan.

Ignace Beugré

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