- Ecrit par : Clara BOSOM
- 09/04/2025 21:57
SOCIETE/Éducation-Formation : La trêve du 9 avril, entre espoir de résolution et exigence de responsabilité
Par Kamel Wally
La crise qui secoue depuis plusieurs semaines le secteur Éducation-Formation en Côte d’Ivoire a franchi un nouveau tournant ce 9 avril 2025. Une rencontre de haut niveau s’est tenue à l’initiative du Premier Ministre, en présence de la Ministre d’État Anne Désirée Ouloto, du Ministre de l’Éducation Nationale, Pr Mariatou Koné, et de leur collègue de la Jeunesse et de l’Insertion, Mamadou Touré. Objectif : renouer le fil du dialogue avec l’intersyndicale du secteur, en grève depuis le 3 avril pour exiger une prime d’incitation.
Un dialogue sous tension, mais salutaire
Le climat était tendu. Depuis le 3 avril, les classes sont désertées, et l’année scolaire 2024-2025 semble sérieusement menacée. En réponse à la pression syndicale, le gouvernement a joué la carte du dialogue. Le communiqué issu de cette rencontre annonce des engagements précis : un atelier inclusif prévu du 17 au 19 avril pour examiner les revendications autour de la prime et poser les bases d’un chronogramme de travail, ainsi qu’une restitution au Cabinet de la Ministre d’État le 22 avril.
Mais au-delà des promesses, le gouvernement a demandé un geste symbolique fort : la suspension de la grève. En retour, l’intersyndicale s’est engagée à consulter sa base le 10 avril lors d’une Assemblée Générale.
La double face des revendications syndicales
Les syndicats ont également plaidé pour la libération de camarades incarcérés ou interpellés lors des mouvements précédents (15, 16 et 17 octobre 2024), et la levée des sanctions financières qui les accompagnent. Le gouvernement, tout en rappelant la séparation des pouvoirs, s’est dit prêt à relayer ces doléances.
On le voit : la plateforme revendicative dépasse le seul cadre salarial pour toucher aux libertés syndicales, à la reconnaissance du droit à la grève et à la dignité des enseignants. Ce sont là des préoccupations légitimes dans un État de droit.
Un tournant décisif pour l’année scolaire ?
Le dialogue du 9 avril ne saurait être perçu comme une fin, mais comme un possible nouveau départ. Dans un pays où l’école est souvent l’otage d’enjeux politiques, économiques et sociaux, cette trêve sociale – si elle est confirmée – pourrait éviter le chaos scolaire. Elle ouvre aussi une opportunité historique de repenser le pacte social entre l’État et ses enseignants.
Mais cela ne peut se faire sans un diagnostic profond des causes structurelles du malaise enseignant : précarité, surcharge de travail, manque de reconnaissance, et surtout, une gestion budgétaire souvent marquée par le deux poids deux mesures.
L’impératif d’un nouveau contrat moral
Il est temps que l’État ivoirien s’engage, au-delà de cette crise, dans une réforme durable de la gouvernance éducative. Si les enseignants doivent à la nation la formation de générations futures compétentes et éthiques, la nation leur doit en retour des conditions de vie et de travail dignes.
De même, les syndicats doivent inscrire leur action dans un cadre républicain, éviter toute manipulation politicienne et privilégier l’intérêt supérieur des élèves. Car au cœur de tout cela, c’est l’enfant ivoirien qui paie le plus lourd tribut de ces crises à répétition.
Conclusion
L’avenir dira si le 9 avril 2025 aura marqué un tournant ou un simple sursis. Mais une chose est certaine : le système éducatif ivoirien a besoin de stabilité, de vision et de justice sociale. À l’approche de l’année électorale, il est de la responsabilité de tous les acteurs – politiques, syndicaux, éducatifs – de ne pas transformer l’école en champ de bataille idéologique.
L’heure est à la responsabilité. Et cette responsabilité est collective.
Kamel Wally