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SOCIETE/Concours, corruption et hypocrisie : Le mal qui tue la Côte d’Ivoire

Quand l’État nie l’évidence, le peuple s’enfonce dans la défiance

La semaine dernière, au cours d’une conférence publique, Madame Anne Désirée Ouloto, ministre d’État, ministre de la Fonction publique, a solennellement déclaré que « les concours en Côte d’Ivoire ne sont pas achetés ».

Cette affirmation, si elle traduit une volonté politique affichée, reste, pour de nombreux Ivoiriens, en décalage total avec la réalité qu’ils vivent.

 

Depuis plusieurs années, l’achat des concours est devenu un phénomène si répandu qu’il en est presque accepté comme une norme sociale. Candidats, parents, fonctionnaires de l’ombre, tout le monde sait que dans de nombreux cas, l’accès à certains concours de la fonction publique se monnaie. Cette situation alimente la défiance entre gouvernants et gouvernés, nourrit les frustrations sociales, et détruit l’idée même de justice et d’égalité républicaine.

 

Une corruption systémique, pas un simple accident

Le phénomène des concours truqués n’est que la partie émergée de l’iceberg.

La corruption s’est installée dans tous les secteurs : l’administration, la police, l’éducation, la justice, les marchés publics, les secteurs stratégiques.

Elle n’est plus un accident. Elle est devenue un système parallèle, alimenté par l’impunité, la recherche effrénée d’enrichissement personnel, et la démission morale collective.

 

Un fonctionnaire moyen, avec un salaire officiel de 250 000 FCFA, possède aujourd’hui plusieurs villas et conduit un véhicule de luxe de 50 millions de FCFA.

Comment expliquer ces écarts autrement que par la corruption généralisée ?

Dans une telle société, le travail, le mérite et l’effort deviennent des illusions réservées aux naïfs.

 

La politique de l’autruche : une trahison nationale

Refuser de reconnaître cette réalité, c’est trahir l’idéal de la République.

On ne soigne pas une maladie en niant ses symptômes.

On ne sauve pas une nation en fermant les yeux sur ses vices.

Les déclarations politiques, aussi nombreuses soient-elles, ne suffisent plus. Le peuple n’attend plus des discours. Il exige des actes, des sanctions, et un nouveau modèle de société fondé sur la méritocratie réelle.

Tant que l’enfant du paysan ou de l’ouvrier ne pourra pas, par ses seuls efforts, intégrer l’administration ou progresser dans l’échelle sociale, la Côte d’Ivoire restera bloquée dans un cycle d’injustice, de colère silencieuse, et de médiocrité.

 

La Côte d’Ivoire a besoin d’une révolution éthique : l’éducation dès la maternelle

La vraie révolution contre la corruption commence par l’éducation des plus jeunes.

Et l’exemple de nombreux pays montre que cela est possible.

En Chine, dès la maternelle, les enfants apprennent non seulement à lire et à écrire, mais aussi à obéir aux règles, à respecter les biens publics, à vénérer l’effort collectif.

La discipline est inculquée comme une vertu fondamentale. Un enfant qui triche ou ment est sévèrement corrigé, pas par violence, mais par la honte sociale et le rappel permanent de l’intérêt supérieur du groupe.

Au Japon, l’éducation à la discipline commence avant même l’apprentissage formel des matières scolaires. Dans les jardins d’enfants, les élèves doivent nettoyer leur salle de classe, entretenir les jardins de l’école, participer à la préparation des repas. Le respect des règles, l’honnêteté et l’effort sont valorisés au même titre que les résultats scolaires.

À Singapour, dès le plus jeune âge, les enfants sont formés dans une culture du respect absolu des règles. L’intégrité est au cœur du système éducatif, avec des campagnes de sensibilisation permanentes contre la tricherie, la corruption et l’abus de pouvoir.

Résultat : ces sociétés sont aujourd’hui parmi les plus disciplinées et les plus prospères du monde.

Le civisme et la méritocratie y sont la norme, pas l’exception.

 

En Côte d’Ivoire, nous devons en faire de même.

Dès 3 ans, chaque enfant doit être éduqué à respecter la loi, à haïr la tricherie, à aimer l’effort. C’est la seule voie pour forger l’Ivoirien nouveau dont notre avenir dépend.

 

Il faut frapper fort : taper au portefeuille et à la réputation

 

Sur le court terme, des mesures urgentes et courageuses sont indispensables.

  • Auditer systématiquement le patrimoine des fonctionnaires.
  • Vérifier la cohérence entre le revenu déclaré et le niveau de vie.
  • Confisquer les biens d’origine frauduleuse.
  • Sanctionner de manière publique et exemplaire, sans discrimination politique ou sociale.

Un agent public qui ne peut pas justifier ses biens doit en répondre devant la justice. Pas en secret, mais dans la transparence totale.

Tant que l’on continuera à fermer les yeux sur les fortunes bâties sur la corruption, tant que l’on couvrira ceux qui pillent l’État, la Côte d’Ivoire ne pourra ni grandir, ni espérer rivaliser avec les nations disciplinées du monde.

 

Le vrai patriotisme : restaurer l’égalité des chances

Le vrai amour de la patrie, ce n’est pas de chanter l’hymne national ou de proclamer sa loyauté en période électorale.

Le vrai patriotisme, c’est de construire une République juste, où chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, a la même chance de réussir.

C’est de faire en sorte que l’effort, la compétence, l’intégrité soient à nouveau les seuls critères de promotion sociale.

C’est de garantir que demain, un jeune ivoirien issu d’un village reculé, par son travail seul, pourra devenir magistrat, ingénieur, ou ministre, sans devoir acheter sa place.

 

Assez de discours. Il est temps d’agir. Il est temps d’éduquer. Il est temps de sanctionner.

Kamel Wally

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